Société - Pan Afrique - Football
Le ballon rond, outil de propagande
Quand le pouvoir se sert du football
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  vendredi 23 janvier 2004 / par Arnold Sènou
Le football est sacré en Afrique. Il implique l’honneur d’une nation. Très tôt, les dirigeants des Etats du continent noir y ont vu un bel organe de propagande. Ainsi, une défaite ou une victoire, humilie ou, valorise le chef de l’Etat. Si les anecdotes concernant les équipes punies après un revers sont légion, il est rare de voir des félicitations apparaître après des échecs. Petit tour d’horizon de ces relations tumultueuses entre sport et politique.

Le Maréchal Mobutu Sese Seko, du Zaïre (l’actuelle République Démocratique du Congo), a été le premier Président à se servir de son équipe nationale comme d’une vitrine politique. Tout commence au milieu des années 70. Lors de la Coupe du monde 1974, organisée par la République Fédérale d’Allemagne, l’équipe congolaise, qui participe pour la première fois, se fait éliminer au premier tour. Elle encaisse 14 buts en trois rencontres, sans en marquer le moindre : 0-2 face à l’Ecosse, 0-9 face à la Yougoslavie et 0-3 face au Brésil. Pour Mobutu, c’en est trop, ses joueurs l’ont humilié. La punition ne se fait pas attendre. A leur retour à Kinshasa, les 22 Léopards sont jetés en prison sans autre forme de procès.

Du stade au cachot

A la même époque, le club de la capitale guinéenne, Hafia FC, domine le championnat africain. Il affiche un bon palmarès : trois titres de champion d’Afrique des clubs champions (1972, 1975 et 1977). Voulant s’affirmer par le football, le chef de l’Etat guinéen, Sékou Touré, veut faire de Hafia FC, le club de la capitale, un modèle de réussite. En 1976, après son deuxième titre de champion d’Afrique remporté l’année précéente, le club guinéen se retrouve en finale face au Mouloudia d’Alger. Au pays, Sékou Touré qui attend le triplé, assiste à la défaite de son équipe, malgré le bon niveau de jeu appliqué par les joueurs-phares que sont Chérif Souleymane, Moricé Sylla, ou encore Sorry. A son retour au pays, l’équipe est conduite au camp Boiro, un camp de torture pour détenus politiques. Elle y subit un interrogatoire musclé à l’issu duquel certains joueurs sont priés d’arrêter leur carrière. Deux ans plus tard, c’est le Canon Sportif de Yaoundé (Cameroun), qui pousse Hafia FC de Conakry dans le malheur en le battant. Sékou Touré demande par décret présidentiel à sept joueurs du club de raccrocher les crampons.

Guéi écrase les Eléphants

Alors qu’on croyait la formule ensevelie, c’est la Côte d’Ivoire qui vient la rappeler à la mémoire de la jeune génération africaine. Après l’élimination au premier tour des Eléphants ivoiriens à la Can 2000, le Général Robert Guéi déclare aux joueurs qu’ils sont la honte de la nation. « Ce que vous avez fait est indigne d’un pays comme le nôtre. Nous avons payé vos primes avant la Coupe d’Afrique des Nations et vous n’avez montré aucune détermination », affirme-t-il avant de les faire interner dans le camp militaire de Zambakro, localité proche de Yamoussoukro, à 300 km d’Abidjan. Toujours pour la Can 2000, l’équipe congolaise (Brazzaville) reçoit, avant son départ sur le sol nigérian, la visite des autorités du pays. Celles-ci brandissent à l’équipe la menace d’une radiation à vie de certains d’entre eux, en cas d’échec.

On peut croire désormais qu’une ère nouvelle s’est amorcée avec Abdoulaye Wade, Président du Sénégal. En 2002, il a vivement félicité ses joueurs, pourtant finalistes malheureux de la Can. Nul doute qu’avec ce geste, les autres chefs d’Etats le suivront, comprenant que toutes les équipes ne peuvent pas gagner une compétition.



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