Dr Armand NGHEMKAP
Marc Vivien Foé, 1975-2003. Décédé en plein match. Certains d’entre vous ont évoqué la fatalité, d’autres une mort mystique du footballeur pour finalement se réfugier derrière la volonté divine afin de comprendre les raisons de ce drame, face aux points d’ombre persistants.Toutefois, en tant que Camerounais, médecin interniste, spécialisé en médecine du sport et en médecine d’urgence, je ne peux demeurer indifférent face ce flou artistique qui a été orchestré autour des circonstances de la prise en charge et du décès de mon ami et compatriote Marc Vivien FOE (MVF).
En effet, accepter telle qu’elle les versions officielles sujettes à polémiques, fournies par les médecins de la FIFA et de la Fédération française de football (FFF) aurait été comme si les Camerounais faisaient l’aveu de leur ignorance de la « chose médicale ». Ma démarche dans la recherche de la vérité n’est pas destinée à entretenir la polémique mais s’inscrit dans une double logique. Montrer que le Cameroun dispose de spécialistes capables de porter des jugements de valeur sur un événement médical. Donner un avertissement sérieux à « ceux qui pensent que dès lors qu’il s’agit d’un Africain », on peut s’amuser à raconter des évidences en se disant que personne ne s’en rendra compte.
Ineptie médicale
Le moins que l’on puisse dire est que la prise en charge médicale de MVF a été plus qu’aléatoire. L’arrivée tardive des secours sur le terrain suite au malaise du joueur a d’ailleurs fait l’objet d’une polémique naissante que le médecin du pays organisateur a tenu à vite dissiper en déclarant que : « MVF avait une bonne tension et un bon pouls lors de l’arrivée des secouristes sur le terrain et ce n’est qu’à son arrivée au centre médical du stade qu’il a fait un arrêt cardiaque » Cette déclaration du médecin de la FFF est absolument non fondée sur le plan de la médecine d’urgence et est totalement contraire aux recommandations internationales, validées par consensus médical.
En effet, un consensus médical validé par des sociétés savantes (American Heart Association et European Resuscitation Council) est bien établi face à un malaise avec Perte de connaissance initiale (PCI) de survenue brutale chez un sujet jeune : il s’agit d’un « malaise cardiaque jusqu’à preuve du contraire » et doit de ce fait être considéré comme un arrêt cardio-circulatoire. Aussi Les principes de base du secourisme doivent immédiatement être appliqués. A savoir notamment, dans notre cas, faire entrer une équipe de réanimation spécialisée sur le terrain avec un défibrillateur cardiaque. C’est ici le principal reproche que je fais personnellement aux secouristes et au staff médical quant à la prise en charge initiale. Car il est recommandé dans tous les guidelines internationalement validés que « Celui qui fait le diagnostic d’un arrêt cardio-circulatoire doit immédiatement et impérativement alerter ou faire alerter les secours susceptibles de réaliser une défibrillation cardiaque ».
Le retard du massage cardiaque
Il s’agissait également d’évaluer la circulation par la recherche des battements cardiaques de la victime à savoir, prendre le pouls au niveau carotidien et débuter immédiatement un massage cardiaque externe (MCE) associé à un bouche à bouche afin de suppléer les fonctions cardiaques et respiratoires défaillantes. Je n’ai en aucun cas vu de secouriste prendre la tension artérielle comme le déclare le médecin de la FFF (« MVF avait une bonne tension et un bon pouls à l’arrivée des secouristes sur le terrain »).Toutefois, j’ai bien observé un secouriste prendre le pouls carotidien mais je ne comprends pas jusqu’à présent pourquoi un MCE n’a pas été entrepris alors que les images diffusées montraient bien que MVF présentait une défaillance cardio-circulatoire qui réclamait une aide extérieure.
A la lumière de ces temps forts et déterminants de la prise en charge d’un malaise cardiaque et en contradiction absolue avec les déclarations du médecin de la FFF, il apparaît clairement que notre ami et compatriote MVF a perdu d’importantes chances du survie tant il est admis que « La médecine n’a pas une obligation de résultat mais une obligation de moyen ».