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Société - Afrique de l’Ouest - Liberia - Politique

Taylor cède le pouvoir
L’homme fort de Monrovia s’efface

Charles Taylor a cédé le pouvoir à son vice-président Moses Blah lors d’une cérémonie, lundi, en présence de trois chefs d’Etat africains. Il s’est envolé lundi en fin d’après-midi pour le Nigeria mais la situation sur place est toujours aussi tendue.



lundi 11 août 2003, par Olivia Marsaud


« L’Histoire sera bonne avec moi. » Ce sont les dernières paroles de Charles Taylor en tant que chef de l’Etat du Liberia. Il a officiellement démissionné, lundi, en milieu d’après-midi, au terme d’une cérémonie de passation de pouvoir au palais présidentiel. En présence des Présidents ghanéen John Kufuor, sud-africain Thabo Mbecki et mozambicain Joachim Chissano, il a cédé le pouvoir à son vice-président Moses Blah, comme il l’avait annoncé dimanche. La main gauche sur la Bible, et l’autre main relevée, le vice-président a promis de « s’acquitter fidèlement, consciencieusement et impartialement des devoirs et fonctions de la République du Liberia ». « La cérémonie d’aujourd’hui marque la fin d’une époque au Liberia », a déclaré John Kufuor, précisant que Moses Blah cédera le pouvoir le deuxième mardi d’octobre à un gouvernement de transition..

Moses Blah, 56 ans, ancien militaire, frère d’armes de Charles Taylor est, comme lui, un ancien rebelle passé à la politique. Evoluant jusqu’ici dans l’ombre de l’homme fort de Monrovia, sera-t-il l’homme de la situation ? Il s’est en tout cas déclaré dimanche, « sûr à 100% de ramener la paix dans le pays ». « J’appelle les rebelles car je suis un unificateur. Qu’ils viennent vers moi, déposent leurs armes et me rejoignent pour mener le gouvernement. Je n’ai aucun intérêt à devenir Président. Je veux juste réunifier le pays. » Les rebelles du Lurd (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie), qui s’étaient en premier lieu opposés à sa nomination (lui préférant un civil neutre), ont admis lundi que « pour le moment, il n’y avait pas d’autre solution ».

L’agneau du sacrifice

Quatorze ans après y avoir déclenché une guerre civile dévastatrice, Charles Taylor a quitté le Liberia lundi à 17h30 (locales et GMT) à bord d’un avion nigérian à destination de Lagos. Le Nigeria lui a en effet offert l’asile malgré son inculpation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par un Tribunal spécial de la Sierra Leone voisine.

Dans un dernier discours d’adieu à la nation, diffusé à la radio et à la télévision dimanche soir, Charles Taylor s’est présenté comme « l’agneau du sacrifice » victime d’une « conspiration internationale » et s’écartant pour ne « plus davantage voir couler en vain le sang » du peuple. « Je quitte le pouvoir selon ma propre volonté mais je suis forcé à l’exil », a-t-il affirmé, s’en prenant violemment à la Guinée, à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, qu’il a accusés d’avoir soutenu les rebelles du Lurd. « Cette guerre est une guerre américaine. Les rebelles du Lurd sont des supplétifs entraînés et armés par les Etats-Unis. »

Miliciens indisciplinés

Suite à cette démission, les responsables régionaux espèrent que les factions belligérantes et les partis politiques signeront dans la semaine un accord de paix au Ghana pour pouvoir installer le plus rapidement un gouvernement provisoire. Pour autant, la situation ne se règlera pas aussi facilement avec le départ de Taylor. Celui-ci compte encore des partisans parmi la population et les vétérans. Il possédait en outre une garde personnelle et un certain nombre de miliciens armée et indisciplinés. Comment réagiront-ils à son départ ? Des scènes de pillages, du fait de policiers et de miliciens, ont déjà été rapportées ce week-end. La maigre force d’interposition ouest-africaine de l’Ecomil (776 soldats nigérians), qui n’est toujours pas déployée dans la capitale, sera-t-elle capable de contenir une éventuelle flambée de violence ?

Quelle sera l’attitude du Lurd, qui avait fait du départ de Taylor un préalable à l’arrêt des combat ? Acceptera-t-il de déposer les armes ? Quant au ministre de l’Economie, Sam Jackson, il jouait dimanche les Cassandre, prévoyant une « catastrophe imminente » et demandant : « Que prévoit la communauté internationale à partir de lundi midi ? » 2 300 Marines américains attendent au large du pays mais seront-ils déployés ?

« I’ll be back »

Ces questions viennent s’ajouter aux critiques qui se font jour au Nigeria quant à l’accueil de l’ancien chef de guerre libérien. Outre le fait que les habitants de la paisible bourgade de Calabar voient d’un œil inquiet l’installation d’un hôte si encombrant, les éditorialistes des journaux nigérians n’ont pas caché leur désaccord tout au long de la semaine. « Le Nigeria mérite mieux qu’une attraction touristique douteuse nommée Charles Taylor », peut-on lire dans The Guardian. « L’idée que Taylor reste au Nigeria fait violence à notre honneur et à notre humanité », écrit quant à lui This Day.

Avant même de partir, Charles Taylor pensait déjà à l’avenir : « Si Dieu le veut, je reviendrai ». Les Libériens, eux, ne le souhaitent probablement pas. Selon les estimations des organisations humanitaires, la guerre civile au Liberia aurait causé la mort de plus de 250 000 personnes et éparpillé la population dans l’ensemble de la sous-région.



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