2 septembre 2014 / Mis à jour à 01:13 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Côte d’Ivoire - Agriculture - Commerce - Autre Afrik
L’Afrique aime protéger sa pauvreté
Le libre-échange est aujourd’hui combattu par de nombreux économistes et hommes politiques africains qui voient en la suppression des barrières douanières et non-douanières la perte de leur indépendance économique. Ils craignent de ne plus contrôler leurs marchés domestiques et d’en sortir fragilisés. Le libre-échange, perçu comme un danger en Afrique, ne serait-il pas en réalité la clé de voûte du développement ?

La faillite du protectionnisme

Les pays africains, malgré un sous-sol riche et des ressources naturelles abondantes n’arrivent pas à sortir de la pauvreté. Ceci s’explique, en partie, par l’absence de libertés sur les marchés du fait d’un fort interventionnisme de la part des États. La plupart de ces pays vivent dans la peur de l’Autre. Des barrières et procédures administratives lourdes protègent les marchés nationaux ce qui a pour effet de freiner fortement le commerce et notamment les échanges intra-régionaux. Ce sont pourtant ces échanges qui, ailleurs dans le monde, ont permis un certain progrès. À l’heure où la crise européenne fragilise les échanges de l’Afrique vers le vieux continent, cette logique de fermeture est d’autant plus préoccupante.

De plus, cette peur structurelle de l’ouverture et de la compétition conduit les dirigeants africains à protéger des monopoles d’entreprises amies ou proches du pouvoir. Ceci conduit à une réduction de la concurrence avec des conséquences négatives sur les prix et la qualité des biens et services au détriment des populations. L’exemple des secteurs de l’eau et de l’électricité en Côte d’Ivoire en est une illustration parfaite : ces secteurs souffrent d’un protectionnisme d’État qui confère un monopole à une seule société. Cela conduit à des coupures intempestives, des coûts élevés et un service client déplorable. Ces aspects fâcheux du protectionnisme doivent impérativement nous conduire vers un nouvel ordre économique basé sur le libre-échange. Ce-dernier ne peut effrayer tant il est naturel pour l’Homme et a, d’ailleurs, fait la richesse du continent, à l’époque des caravanes.

Les avantages du libre-échange

L’échange est un principe universel : nous avons tous besoin d’échanger. Lorsqu’il se fait dans un climat de liberté de choix, l’échange génère de la valeur : il est donc le fondement du développement. Lorsque l’échange progresse, la richesse progresse parallèlement. Il est toujours bénéfique car chacun sort gagnant quels que soient les partenaires et cela se reflète aussi dans les relations entre les pays. L’Histoire nous enseigne que le libre-échange a une forte vertu pacificatrice. En écartant le « favoritisme » d’État, la confiance s’installe et l’Autre n’est plus regardé comme un danger mais comme un partenaire. Quand cet échange est entravé, cela génère frustration et inégalité. Il faut donc une rupture avec le protectionnisme trop souvent utilisé de manière démagogique par les dirigeants qui pensent rassurer leurs populations en leur promettant la sécurité, fermées à double tour dans un pays bien hermétique.

La condition d’un bon échange, la libre concurrence

Pour des économistes comme Pascal Salin, la meilleure définition de la concurrence est celle de la liberté d’entrée sur un marché. Cette concurrence rend le pouvoir aux individus par des mesures de « dérèglementation » et la levée des barrières favorisant ainsi la modernisation, la diversification et les investissements. L’exemple de la Côte d’Ivoire est intéressant dans le secteur de la téléphonie mobile. L’ouverture à la concurrence a engendré une diminution vertigineuse du coût de communication qui en dix ans est passé de 1000 francs CFA la minute (avec un seul opérateur) à 25 francs CFA la minute (avec 5 opérateurs). Outre la diminution des coûts de la communication, c’est la qualité, la volonté d’améliorer les réseaux et les services qui guident les responsables de ces firmes au grand bonheur des populations. La concurrence, comme le souligne l’économiste Henri Lepage, est « la technique qui permet à la collectivité de bénéficier d’une qualité d’informations ou de compétences supérieures à celles rendues possibles par d’autres procédures de régulation sociale ». Il faut donc que la classe politique africaine crée un cadre d’action marqué par l’encouragement de la compétitivité avec des institutions économiques fortes et crédibles.

L’Afrique enchaînée

La Banque mondiale dans son dernier rapport intitulé « La défragmentation de l’Afrique : approfondissement de l’intégration du commerce régional des biens et services », publié le 8 février dernier, souligne l’importance pour les pays d’Afrique de dynamiser le commerce intra-régional. Les différentes entraves à ces échanges font perdre à l’Afrique des milliards de dollars en revenus commerciaux potentiels. Au-delà même des tarifs douaniers, la banque pointe la lourdeur des démarches administratives sur un fond de corruption, le manque de professionnalisme de certains fonctionnaires et surtout une règlementation excessive (interdictions d’exportation et d’importation ; procédures exigeantes et coûteuses relatives aux licences d’exportation et d’importation ; etc.). Les pays les plus développés ont progressé grâce à l’essor du climat de liberté. Il faut aujourd’hui créer les bonnes incitations au développement. Au lieu de continuer à tendre la main, les États africains gagneraient à lutter pour que les pays occidentaux puissent respecter les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en abaissant leurs barrières douanières et surtout en arrêtant de subventionner leur agriculture (par exemple du coton). Martin Luther King disait, à juste titre, que « nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. » Vivre ensemble ne veut pas dire se renier, s’ouvrir ne veut pas dire se perdre. L’Autre, n’est pas un danger mais bien une solution. Plus l’ouverture sera grande, plus les opportunités commerciales se multiplieront, chaque pays gardant la force de sa spécificité. Conscient de cette voie de progrès, il est possible de se demander pourquoi les dirigeants africains se complaisent à maintenir leurs populations dans la pauvreté.

Aquilas YAO, analyste chez Audace Institut Afrique. Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org


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