France - Ile Maurice - Portugal
Maurice-Bru : "Le Sénégal plus impressionnant que le Cameroun"
A 25 ans, Jonathan Bru vit une saison pleine : après avoir honoré ses premières sélections avec l’île Maurice, l’ancien international espoir du Stade Rennais est à deux doigts de la montée avec Oliveirense, son club de deuxième division portugaise. Le milieu de terrain s’est confié en exclusivité à Afrik-foot.

Afrik-foot : Jonathan, on vous a laissé international espoir français, vous voilà international mauricien !
Jonathan Bru : (rires) Et oui. J’avais déjà eu des contacts quand j’étais à Istres (2006-2008) mais, à l’époque, j’étais blessé. Et puis je jouais avec les Espoirs français... Il y a deux ans, j’ai été invité au jubilé de Didier Agathe (ex-Celtic Glasgow, NDLR) : il y avait Samuel Eto’o, Ashley Cole, Guillaume Hoarau... Bref, des grands noms. J’avais joué avec la sélection mauricienne et le contact a été renoué. Voilà comment j’ai atterri au Club M !

Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
C’est une fierté, bien sûr. L’île Maurice, c’est un pays où je vais chaque année depuis que je suis tout petit. Je suis né en France mais je suis aussi Mauricien : c’est le pays de mes parents. Non, vraiment, porter le maillot de l’équipe nationale, c’est une fierté. En plus, cela me permet de revenir souvent au pays où j’ai beaucoup de famille, surtout du côté de mon père. Les Bru, à Maurice, c’est une grande famille.

Comment avez-vous été accueilli en sélection ?
Le plus naturellement du monde. Le staff, comme les joueurs, m’a mis très vite à l’aise. Cela s’est fait très simplement. Dès la première fois, j’avais l’impression d’être là depuis longtemps. Et puis, ce qui a bien aidé, c’est que cela s’est bien passé sur le terrain. Pour mon premier match, contre le Cameroun, j’ai marqué. Et là, j’ai vraiment senti qu’il y avait toute une nation derrière moi. C’était quand même contre le Cameroun ! Cela m’a mis en confiance et tout va bien.

Vous êtes un des rares expatriés de la sélection. Cela fait-il de vous de la star de l’équipe ?
Non. Non non. Je ne suis pas la star. Je suis peut-être le plus connu parce que je joue en Europe mais je ne joue pas dans un grand club. Vous savez l’île Maurice, c’est une petite nation de football, c’est donc une bonne chose pour moi d’être le représentant de mon pays en Europe. J’essaie d’apporter mon expérience mais je reste dans mon rôle. Et puis, mon frère, Kevin (milieu de l’US Boulogne, NDLR) va sans doute nous rejoindre... Cela me ferait plaisir de jouer avec lui.

Quel est l’objectif des Dodos dans ces éliminatoires de la CAN 2012 ?
Déjà, on a un groupe très difficile. Le Cameroun, le Sénégal, la RDC... Ce sont des équipes qui ont des grands joueurs, habitués au plus haut niveau. L’île Maurice ne peut pas rivaliser, on ne peut pas lutter. Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas qualifiés pour la CAN (1974, NDLR). Il nous reste trois matches : l’idée, c’est de prendre le maximum de points.

Quelle équipe vous a le plus impressionné ?
Le Sénégal, qui nous a mis 7-0. Mais ce n’est pas à cause du score. C’est vraiment la qualité des joueurs, de l’ensemble de l’effectif, qui est impressionnante. Même sur le banc, ils ont de grands joueurs. Devant, il y a Moussa Sow, meilleur buteur de Ligue 1, et Papiss Cissé, meilleur buteur de Bundesliga, et Niang, et Demba Ba... Au milieu, en défense, avec Mangane, Diawara, Diakhaté... C’est impressionnant. Tous les postes dont doublés, voire triplés. Le Sénégal peut se permettre d’avoir quatre ou cinq absents, ils ont des remplaçant de même niveau. Leur collectif est beaucoup plus fort que le Cameroun. Alors bien sûr, il y a Eto’o qui est un très très grand joueur. Il est très impressionnant mais le Sénégal évolue comme une vraie équipe.

Contre le Cameroun, justement, vous marquez votre premier but.
Oui. Makoun veut donner à Eto’o, j’anticipe et intercepte. Je remonte un peu, je dribble Makoun et je passe à l’attaquant, qui se fait faucher dans la surface. Je le prend : je me sens bien, je suis à confiance à ce moment-là. J’étais là pour amener quelque chose. On en avait discuté avant, avec l’entraîneur... J’ai frappé, j’ai marqué.

Et ce fameux 7-0 contre les Lions du Sénégal, c’est difficile à avaler ?
Mais bien sûr ! C’est toujours dur de perdre. Alors par autant de différence... Mais on a bien su se reprendre. On est allé en RD Congo, on a joué plus sérieusement même si on a perdu. Mais 3-0, c’est déjà mieux, surtout qu’il y a deux penalties qui sont litigieux... Ce n’est jamais facile à l’extérieur pour un petit pays comme le notre.

Quelles sont les forces du Club M ?
Déjà, on a un très bon sélectionneur. Ensuite, on a un groupe jeune, en pleine reconstruction. Il y avait beaucoup d’anciens mais là, le groupe est rajeuni et, ce qui est essentiel, à l’écoute. On essaie de bien faire mais on est conscient de nos forces, de notre capacité. Je l’ai dit : l’île Maurice est une petite nation de football. On a le temps pour les résultats. L’important, c’est de travailler. Il y a des bonnes bases et un véritable projet : la fédération veut professionnaliser le championnat. Ce serait une excellente chose pour le football mauricien. En attendant, nous, on engrange de l’expérience lors des matches de haut niveau. C’est cela qu’il nous manquait. La moyenne d’âge de la sélection, c’est 23 ou 24 ans. Avec le temps, on gagnera en maturité et en expérience.

L’accumulation des voyages et des matches, n’est-ce pas trop dur ?
Si, un peu, honnêtement. Il n’y a pas de vols directs entre le Portugal et Maurice donc faire douze heures d’avion aller et douze heures retour, en moins d’une semaine, parfois, c’est compliqué. En plus, je joue souvent en club. Je ne me plains pas mais, avec la fin de saison qui approche, je suis un peu fatigué. Je n’ai pas eu de blessure ni de gros pépin... Mais c’est toujours un plaisir de venir à Maurice. Ça vaut vraiment le coup.

Et en club, comment cela se passe-t-il ?
Très bien. L’UD Oliveirense est leader du championnat de deuxième division au Portugal, on est bien parti pour monter. En plus, je fais partie des deux-trois joueurs les plus utilisés cette saison, j’ai marqué deux buts donc ça va.

Et la saison prochaine ?
La saison prochaine, on verra. Pour le moment, je veux me assurer la montée avec Oliveirense. J’ai quelques touches en Liga ZON Sagres, la première division portugaise, et en France mais, pour le moment, je ne veux pas y réfléchir.


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