Algérie
Rabah Madjer, le talon d’or
Un coup de patte magique suffit parfois à faire un homme. Rabah Madjer vit pour toujours au panthéon du ballon rond pour sa talonnade victorieuse, en finale de la Coupe des Champions 1987. Mais l’attaquant algérien du FC Porto n’est pas qu’un artiste, c’est aussi un footballeur génial qui a permis aux Fennecs de décrocher leur seule et unique CAN

Il ne sont pas beaucoup à avoir un geste technique à leur nom. Rabah Madjer est de ceux-là. Mais limiter la carrière de cet Algérien au talent fou à cette talonnade dantesque serait réducteur. Rabah Madjer, c’est d’abord une technique phénoménale et un sens inné du but, doublé d’une grande gueule.

Pourtant, au moment d’évoquer sa carrière, Rabah Madjer mise sur le convenu, un résumé un peu succinct, estampillé "pitch" hollywoodien, avec ses parts de rêve et de réussite nécessaires. "Un conte de fée". Car c’est surtout pour ce geste insensé, un beau jour de printemps 1987, en finale de la C1 que l’Algérien est entré dans l’histoire. Une talonnade dos au but, en pleine course, alors que son FC Porto est mené par le Bayern Munich. Une réalisation pleine de grâce, digne d’un Nijinski, qui relance les Dragoes et les envoie sur le toit de l’Europe.

87 sélections, 29 buts

"Ce match là, c’est mon plus grand souvenir. Je marque un but, je donne une passe décisive et je gagne un titre qui reste à vie dans un palmarès. Je n’avais jamais pensé atteindre un jour ce stade. Je me demandais même en entrant sur le terrain si c’était bien moi face au grand Bayern", raconte sur le site de la FIFA le fils prodigue algérien, arrivé au Portugal deux ans plus tôt en provenance du modeste Racing Club de Paris. « Je me rappelle que la veille de la finale, je me demandais comment j’allais jouer. Mon compagnon de chambre de l’époque, Jozef Mlynarczyk, avait peur. Je lui ai dit qu’on allait gagner 2:1. Le bon Dieu m’a entendu", se souvient Madjer. Et son coup de génie ? "J’étais dos au but, je ne pouvais faire qu’une talonnade pour marquer. Je l’ai joué à l’instinct, je l’ai sortie comme ça. Je n’avais pas le temps pour réfléchir. Juste après la finale, j’ai refait le geste dans un match de championnat. J’ai marqué aussi".

Si sa carrière en Europe a mis du temps à décoller, c’est au FC Porto qu’elle a pris son envol. Madjer est le chorégraphe en chef d’une équipe portugaise qui dans sur le toit du monde (Coupe des Champions 1987, Coupe intercontinentale 1987, Supercoupe d’Europe 1987, championnat du Portugal 1986, 1988 et 1991, Coupe du Portugal 1988 et 1991...). Mais c’est avec l’Algérie que l’artiste brille. Présent avec les Fennecs aux Coupes du monde 1982 et 1986, Madjer se félicite d’avoir "été utile à (mon) pays". Buteur face à la RFA en Espagne, le natif d’Alger connait sa plus grande émotion en équipe nationale en 1990. Meilleur joueur de la compétition, il remporte la CAN à domicile. "Une première historique pour l’Algérie, un immense souvenir." Cette année là, il est élu par la CAF meilleur footballeur africain. "Je ne termine pourtant que troisième au Ballon d’Or", s’en amuse l’intéressé.

La suite met en exergue son caractère d’homme fort qui ne se laisse pas faire. Car le meilleur joueur arabe du siècle a dû mal à se laisser dicter sa conduite. Par deux fois, il est nommé à la tête de la Khadra. Par deux fois, il quitte le banc avec fracas. Limogé à cause de son franc-parler, où il stigmatisait la mauvaise gestion du football algérien par la fédération, il a notamment annoncé sa démission lors d’une conférence de presse télévisée pour Madjer déchire son contrat en direct ! Devenu consultant, le cinquième footballeur africain du siècle, aujourd’hui âgé de 52 ans, conserve un oeil critique et avisé sur le football. Chapeau l’artiste.


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