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Les binationaux, avenir du football africain ?
Les sélections africains appellent de plus en plus de joueurs issus de la deuxième ou troisième génération
Vaste entreprise de séduction en Afrique : les binationaux ont la côte dans les sélections nationales. Ainsi, Maroc, Cameroun, Algérie, Ghana, Mali, Sénégal... comptent sur leurs expatriés pour retrouver un certain standing continental et mondial.

Il fut un temps où les meilleurs joueurs africains rejoignaient la sélection nationale de leur pays d’adoption : Claude Makelele (RDC), Marcel Desailly (Ghana), Jean-Alain Boumsong (Cameroun), Basile Boli (Côte d’Ivoire) en France ; Mbo Mpenza (RDC) en Belgique... Aujourd’hui, la tendance semble s’inverser.

La raison est tout simple. Depuis 2004, les nouvelles dispositions de la FIFA permettent aux binationaux de changer de nationalité sportive et cela même après avoir été sélectionné dans les équipes de jeunes par un autre pays. Frédéric Kanouté est donc allé faire le bonheur du Mali, Mourad Meghni celui de l’Algérie. Mais la situation a pris un nouveau tour avec la Coupe du monde 2010. Cinq places pour l’Afrique, soit autant de chances de jouer un Mondial pour des joueurs parfois un peu trop juste pour les grandes sélections européennes.

Trop justes pour les grosses équipes ?

Après Mourad Meghni, Hassan Yebda, Djamel Abdoun, l’Algérie, notamment, a fait jouer le système à plein : sur les 23 Fennecs de Rabah Saâdane, ils étaient six à être nés au pays. Les autres ont tous grandi en France. Mieux, neuf joueurs sélectionnés comptaient moins de cinq sélections au coup d’envoi de la Coupe du monde. Même son de cloche au Ghana où Milovan Rajevac a fait les yeux doux à l’Allemand Kevin-Prince Boateng, au Norvégien Adam Larsen Kwarasey ou à l’Italien Mario Balotelli. Et même le Cameroun s’y est mis : Paul Le Guen a ainsi attiré les frères germano-camerounais Jöel Matip et Marvin Matip ainsi que Eric Choupo-Moting. Avec leurs arrivées dans la Tanière, Le Guen voyait à court comme à long terme : "Un joueur comme Joël Matip est titulaire à Schalke 04 et sa présence m’offre des possibilités. Je suis attentif à ses performances comme à celles des autres. Maintenant, mon devoir en tant que sélectionneur est aussi de chercher des garçons pour préparer l’avenir du groupe."

Se renforcer avec des éléments souvent jeunes mais expérimentés car évoluant dans des grands championnats est un avantage. Mais il peut présenter des risques. Certains joueurs qui ont participé à la longue et laborieuse campagne de qualification combinée CAN-Mondial 2010 ont pu se sentir lésés par ces arrivées jugées tardives et opportunistes. Mais le technicien français voulait croire en leur bonne volonté : "Les joueurs ne sont pas bêtes. Ils veulent la meilleure équipe possible. Je pense même qu’ils sont sensibles à l’intérêt que de futurs coéquipiers nés à l’étranger peuvent porter aux couleurs nationales."

Opération séduction

Mais l’échec des sélections africaines en Afrique du Sud n’a en rien ralenti l’ardeur des sélectionneurs africains. A commencer par Amara Traoré, le patron des Lions sénégalais, racontait lors d’un entretien accordé à Afrik.com sa tournée en Europe pour discuter avec Abdoualay Konko et Mouhamadou Dabo (FC Séville), Cheikhou Kouyaté (Anderlecht), Armand Traoré (Juventus), Cheikh M’Bengue (Toulouse), Lamine Gassama (Lyon) ou encore Ludovic Sané (Bordeaux)... Mais pour le sélectionneur sénégalais, pas question de convaincre qui que ce soit : "Je ne vais "convaincre" personne. Je vais voir certains joueurs, susceptibles de m’intéresser et de jouer pour les Lions. Mais c’est à eux de comprendre l’importance de jouer pour LEUR équipe nationale, pour le pays de leurs ancêtres. Il n’y a rien de plus important que l’équipe nationale. Le Sénégal est plus important que les clubs, c’est aux joueurs de s’en rendre compte."

Dernièrement, le Maroc s’est lancé dans une opération de séduction de ses sélectionnables exilés. Notamment au Pays-Bas et en Belgique. Ces destinations ne sont pas étonnantes : le sélectionneur des Lions de l’Atlas, Eric Gerets, est Belge tandis que le directeur technique national, Pim Verbeek, est Néerlandais. Du coup, des joueurs comme Nordin Amrabat (PSV Eindhoven), Ismaïl Aissati (Vitesse Arnhem), Mehdi Carcela (Standard) ou Brahim Zaari (Den Bosch)... tout comme Karim Aït-Fana (Montpellier ou Youssef El Arabi (Caen) ont été courtisés par un pays qu’ils ne connaissent bien souvent que de nom.

Racines

Il serait cependant trop hâtif de taxer d’opportunisme ces néo-Africains : certains avouent un vraie proximité avec leur "nouvelle" nation. Le Marocain Youssef El Arabi s’enthousiasmait ainsi lors de sa première convocation : "Je suis ravi et fier de porter le maillot du bled. Représenter mon pays, c’est un grand honneur", expliquait-il à Afrik.com. Même sentiment pour l’Algérien Ryad Boudebouz : "Ma joie est double. Ça fait vraiment plaisir et cela m’honore. Ça fait très longtemps que j’attendais cette première convocation de l’équipe de mon pays d’origine. Maintenant que c’est fait, j’essaye de savourer le plus longtemps possible. [...] J’ai toujours été fier de mes origines. Le fait qu’on m’ait appelé pour défendre les couleurs de mon pays a provoqué en moi une sensation unique. C’est extraordinaire ce que je suis en train de vivre."

Au final, difficile de discerner les choix individuels de chacun. Marouane Chamakh, qui a opté pour le Maroc, aurait sans doute eu sa place en équipe de France. Frédéric Kanouté a, lui, préféré rejoindre les Aigles maliens plutôt que d’attendre avec les Espoirs puis les A’. Véritable proximité de ses racines ou simple désir de reconnaissance continentale ? Peu importe, l’essentiel, c’est que joueurs et supporters soient satisfaits.


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