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Vente d’armes en Angola : deux réseaux françafricains dans la tourmente

Les investigations des juges Courroye et Isabelle Prévost-Deprez touchent deux réseaux françafricains aux connivences certaines. Les réseaux de l’ancien ministre de l’Intérieur de droite, Charles Pasqua. Et ceux du président défunt, François Mitterrand. Décryptage.

Ce qui est présenté comme l’ " Affaire Jean-Christophe Mitterrand ", mais pourrait s’appeler "Affaire Charles Pasqua ", devrait plutôt être désigné sous le nom de l’ " Affaire Françafriques ". Au pluriel. Le néologisme inventé par l’écrivain et économiste François-Xavier Verschave, désigne les différents réseaux opaques qui, de Paris, pilotent les opérations plus ou moins louches des politiques africaines menées par la France. Réseaux parfois antagonistes, parfois alliés, en dépit des couleurs politiques de ceux qui les animent.

Un couple d’hommes d’affaires

Partie d’une simple affaire de droit commun, l’enquête sur le trafic d’armes des juges Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Deprez - qui a abouti à la mise en examen du fils de l’ancien chef du président de la République et la mise sous séquestre des comptes de la liste Pasqua aux européennes de 1999 - met en évidence les connexions entre deux réseaux. Celui de Jean Christophe Mitterrand, " conseiller pour les affaires africaines et malgaches ", de l’Elysée de 1986 à 1992 et oeil de François Mitterrand sur le continent - ce qui lui vaut le surnom de " Papamadit ". Celui de Charles Pasqua, deux fois ministre de l’Intérieur, au coeur d’un puissant réseau d’influences en Afrique, où se mêlent entrepreneurs, chefs d’Etat, hommes politiques et anciens responsables de services secrets. Charles Pasqua est aussi fondateur (en 1988) avec Pierre Messmer, de l’association France-Afrique-Orient, dissoute le 30 novembre dernier, le jour même, selon le quotidien Le Monde, d’une perquisition des deux magistrats enquêtant sur cette affaire.

Un député européen pasquaïen

Ces liens, ce sont d’abord le couple d’hommes d’affaires, Pierre Falcone/Arcadi Gaïdamak. L’un est en prison, l’autre en fuite. C’est en perquisitionnant chez la secrétaire du premier que les juges ont mis la main sur une disquette recensant le nom des personnes, associations et entreprises ayant été en relation financière avec l’entreprise de M. Falcone, la Brenco, soupçonnée d’avoir vendu illégalement des armes au régime du président Dos Santos. Parmi les noms : Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali, le conseiller de François Mitterrand (et ancien dirigeant de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement). Mais aussi le très pasquaïen député européen, et ex-préfet du Var Jean-Charles Marchiani. Marchiani ? Une figure de la Françafrique, présentée par nombre d’observateurs comme l’émissaire de l’ancien ministre de l’Intérieur français. Ex-membre du Sdece (ancêtre de la DGSE ), qu’il quitte sous la présidence de George Pompidou (sans doute à la faveur d’une lutte de faction opposant Charles Pasqua à l’autre puissant françafricain, issu du Gaullisme, Jacques Foccart), Jean-Charles Marchiani est présenté par Verschave dans son livre, Noir silence, comme un proche de Falcone.

"La presse est régulièrement tenue informée des faits et gestes du sieur Marchiani. Son passage à la préfecture du Var ne l’a visiblement pas sédentarisé. On le retrouve en Angola, où ses amis Pierre Falcone et Arcadi Gaïdamak mènent leurs tractations milliardaires autour de la fourniture d’armes russes. (...) Falcone est devenu un pivot des fournitures d’armes au régime angolais. Avec le franco-russe Arcadi Gaïdamak, il s’est branché sur la Russie parallèle. Il se pose en partenaire incontournable des compagnies pétrolières dans les mirifiques (...) gisements au large de l’Angola. ", peut-on y lire. Arcadi Gaïdamak et la banque Menatep, comptent parmi les artisans du krach de 1998, qui a mis la Russie au bord du gouffre. Quant aux liens entre la Françafrique mitterrandienne et la Françafrique pasquaïenne, ils ne sont plus à démontrer. D’abord Jean Christophe Mitterrand, s’il a nié connaître les activités frauduleuses de la Brenco, a admis y avoir mené des " prestations ". C’est également, toujours selon Verschave, dans un avion privé de Falcone, que " Papamadit " et Jacques Attali se sont rendus en Angola en 1998.

Une banque russe

La Russie et ses formidables stocks d’armes hérités de l’ancienne Armée rouge. L’Angola et ses gisements de pétrole que le régime entend utiliser pour vaincre l’Unita. Pétrole, armes. Armes contre pétrole. Les enquêteurs cherchent à démontrer ce que les détracteurs de la Françafrique affirment depuis longtemps : des hommes d’affaires à Paris prospèrent en se faisant les intermédiaires d’un " deal " aux émoluments faramineux, avec l’appui des réseaux françafricains socialistes et pasquaïens.

Une cohabitation particulière

Des rapprochements sûrement esquissés lors de la première cohabitation, mais qui se sont sans doute approfondis lors de la seconde. Récupérant les réseaux françafricains déliquescents (au besoin en en torpillant d’autres) de son vieil " ami " Foccart, la Françafrique du ministre de l’Intérieur Pasqua II, appuyée par le ministre de la Coopération du gouvernement Balladur, Michel Roussin, démonte " pan par pan, les réseaux chiraquiens en Afrique et devient, de fait, l’alliée objective de François Mitterrand", explique le quotidien français Le Monde. La même source précisant : " Le président socialiste l’a vite compris. Il se met à parler de " ce terrible M Pasqua ", avec bien plus de connivence que de réprobation (...). Au sein d’Elf la " pompe Afrique " de la classe politique française, Alfred Sirven, proche de Pasqua, appuie alors Loïc Le Floch-Prigent, nommé par M. Mitterrand, contre André Tarallo, chiraquien. Depuis lors, les réseaux socialistes et les réseaux pasquaïens travaillent en Afrique, souvent, la main dans la main ".

Particulièrement visée par l’instruction du juge Courroye, la Société française d’exportation du ministère de l’Intérieur (Sofremi), perquisitionnée le 3 janvier. L’ancien directeur général de 1993 à 1997 de cette officine parapublique de vente d’arme et d’équipement, Bernard Poussier, a été mis en examen et écroué, le 14 décembre. Il est suspecté de jouer un rôle central dans ce contrat d’armement portant - pour l’instant - sur 47 millions de dollars. Poussier qui est resté aux commandes malgré deux changements de majorité. Poussier, lui aussi proche de Pasqua et du réseau Leandri, du nom du Monsieur Afrique de l’ancien ministre de l’Intérieur. Poussier qui, à sa nomination, s’est trouvé doté d’un conseiller de choix : Falcone, lui-même.


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