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Nouzaret : "Il faut faire la CAN au moins une fois dans sa vie"
Entretien avec Robert Nouzaret, ancien sélectionneur des Elephants.
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  lundi 11 janvier 2010 / par Nicholas Mc Anally
Sélectionneur de la Côte d’Ivoire et de la Guinée, entraîneur du MC Alger, Robert Nouzaret aime l’Afrique. Le coach français évoque pour Afrik.com ce qui fait la particularité de la Coupe d’Afrique des Nations et la compétition qui débute ce dimanche.

Afrik.com : Robert, la CAN a toujours été un événement particulier. Qu’est-ce qui rend cette compétition si spéciale ?
Robert Nouzaret : C’est l’événement majeur du football africain. Il y a tout un folklore qui entour le tournoi. C’est une compétition particulière à plus d’un titre : l’organisation, les infrastructures, l’organisation, les valeurs... Tous les deux ans, c’est une fête du football en Afrique.

Qu’est-ce que ça représente de participer à une Coupe d’Afrique des Nations pour un joueur africain ?
C’est l’équivalent de la Coupe d’Europe. Pour tous les joueurs, c’est un événement majeur. Surtout cette année, où on est à 6 mois d’une Coupe du monde qui se déroule sur le sol africain. Les titulaires veulent se faire voir, certains vont vouloir gagner leur place... C’est un tournoi très important. Mon seul regret, c’est l’attitude de certains clubs européens.

C’est-à-dire ?
Eh bien, certains clubs, pas tous, sont hésitants à lâcher leurs joueurs à cette époque de l’année. Ils mettent des drôles d’idées dans la têtes des joueurs : du genre "Tu vas te blesser... Les terrains sont mauvais... Tu vas perdre ta place...". Que des critères qu’ils n’utilisent pas pour un joueur européen qui va jouer l’Euro ou avec son équipe nationale. La CAN est un aboutissement pour tous les Africains.

Comment se prépare-t-on dans ces conditions ?
Heureusement, les sélectionneurs ont la réglementation pour eux donc les joueurs viennent de toute façon. Effectivement, c’est mieux si les joueurs viennent volontiers mais, dans l’ensemble, ils sont heureux de défendre le maillot, le drapeau, la patrie... Il y a une grande notion de fierté. D’autant que les Européens se font une mauvaise idée du foot africain. Les conditions progressent chaque année. Les fédérations font un gros effort à ce niveau : les infrastructures, l’organisation, le staff technique et médical, le matériel, l’équipe aussi... Tout ça est largement au niveau des sélections européennes. Après, il y a toujours des joueurs qui ne veulent pas venir, comme Diakhaté de Nice, qui n’a pas aimé l’ambiance au sein de sa sélection.

Quel est votre meilleur souvenir de la CAN ?
La CAN, c’est toujours un bon souvenir. C’est difficile d’en choisir un, je n’ai que des bons souvenirs. La préparation, c’est toujours quelque chose ! Les joueurs, qui évoluent dans les plus grands clubs européens sont très pros mais dès qu’ils sont ensemble, ils redeviennent Africains ! Il y a une sacrée ambiance, une chaleur qu’on ne retrouve pas dans les sélections européennes. Tout, l’ambiance, l’environnement, les sorciers, les supporters... La CAN, c’est vraiment une expérience qu’il faut vivre une fois dans sa vie. Ca a toujours été un vrai plaisir même si ça a pu mal se finir avec la Guinée.

D’où vous vient cette affection pour l’Afrique ?
Vous savez, j’ai fait 4 ans avec la Côte d’Ivoire, 2 ans avec la Guinée, c’est qu’il doit y avoir quelque chose entre l’Afrique et moi ! Je crois que, depuis la première fois que je suis venu, je me suis rendu compte du potentiel et de ce qu’il y avait à faire pour les jeunes et les aider et leur apporter. Il y a un énorme travail à faire à ce niveau. L’Afrique possède un incroyable vivier, un sacré potentiel qui est encore inexploité. Il n’y a pas toute cette machine de formation que l’on retrouve en Europe. Hormis le dernier mois en Guinée, je n’ai pas connu tous les problèmes traditionnels qui font l’Afrique. En Côte d’Ivoire, j’ai vu tout ça. Les rebelles, les coups d’état, les chars, les mitraillettes... Mais j’ai toujours eu ce que j’ai voulu. J’ai pu travailler dans d’excellentes conditions. Je suis plus déçus de l’attitude de certains joueurs cadres qui ont pris la sélection comme le Club Méd...

De nombreux entraîneurs étrangers sont à la tête d’une sélection africaine. Le mythe du "sorcier blanc" a-t-il la peau dure ?
Ce phénomène s’explique par de plusieurs façons. Premièrement, il y a la valeur et l’expérience des coaches locaux. Les fédérations ont tendance à faire plus facilement confiance à un étranger. Du coup, les meilleurs entraîneurs africains ne connaissent jamais le plus haut niveau. Et ne prennent donc pas en main les sélections. C’est le serpent qui se mord la queue. Pourtant, je connais des entraîneurs africains qui ont le potentiel et les capacités pour maîtriser les meilleurs clubs ou sélections européens. Ensuite, il y a aussi un manque de respect des joueurs envers leurs entraîneurs. Ils évoluent dans les meilleurs clubs du monde avec les meilleurs coaches du monde et là, ils reviennent avec un "petit" entraîneur... Du coup, les fédérations misent sur ces fameux "sorciers blancs" pour progresser.

Paradoxalement, l’Égypte a remporté deux Coupe d’Afrique des Nations consécutives avec Hassan Shehata, un entraîneur local.
Oui mais l’Égypte est un cas particulier. Le championnat est de très haut niveau. Les joueurs aussi, le niveau est proche de celui de l’Europe. Il y a une préparation intense et les joueurs respecter l’autorité. Les autres champions du continent ne sont pas aussi professionnels. D’ailleurs, quand les joueurs reviennent, alors qu’ils sont habitués à un rythme de pro dans les meilleurs clubs, ils font moins d’effort. On sait qu’ils aiment faire la fête, on les laisse faire mais pas trop ! Le contexte est différent et ils oublient les principes. C’est pour ça qu’il y a de nombreux retards lorsque les Africains quittent la sélection. Ils ont toujours une excuse ! Le passeport, la grand-mère, le billet... On est "C’est l’Afrique !". Mais, moi, je serais Africain, je serais vexé ! Je ferais tout pour mettre un terme à ça. Mais les fédérations ont du mal à punir les joueurs. Avec plus de discipline, les championnats du monde seraient plus équilibrés et une équipe africaine ne serait pas loin de gagner la Coupe du monde...

Quel est votre favori pour la compétition à venir ?
La Côte d’Ivoire ! C’est l’année ou jamais pour les Éléphants. Ils ont une équipe très complète, des grands joueurs et une grande discipline collective. Ils sont toujours favoris mais ils n’ont jamais rien gagné... La Côte d’Ivoire a des grands joueurs mais pas de titre. Je pense que cette fois, c’est la bonne.


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