1er août 2014 / Mis à jour à 00:37 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux

Madagascar - Conflit - Politique
Elia Ravelomanantsoa : « Andry Rajoelina s’est laissé déborder ! »
L’ancienne candidate aux Présidentielles de 2006 livre son analyse sur la crise à Madagascar. Madagascar s’enlise dans la crise politique. Après la démission du ministre de la Défense, c’est au tour de l’armée de remplacer, mercredi, son chef d’état-major, Edmond Rasolofomohandry, qui avait exhorté, la veille, les décideurs politiques à trouver un terrain d’entente. Sur la grande Ile, les négociations ne semblent pas être à l’ordre du jour. Andry Rajoelina, l’opposant malgache, a d’ailleurs fait part, mercredi, de son refus de participer demain à des assises nationales censées sortir le pays des troubles. Pour mieux comprendre la situation politique, Afrik.com a interviewé, Elia Ravelomanantsoa, candidate aux Présidentielles de 2006 et ancienne collaboratrice d’Andry Rajoelina.

Au total, une centaine de personnes sont mortes à Madagascar depuis le 26 janvier dans les violences qui ont entaché la crise politique. Le conflit s’enlise et le président malgache, Marc Rvalomanana, et son opposant, Andry Rajoelina peinent à trouver un terrain d’entente. Et selon Elia Ravelomanantsoa, la situation politique n’est pas prête de s’arranger. La candidate aux élections présidentielles en 2006 et ancienne collaboratrice d’Andry Rajoelina compte sur la population pour pouvoir mener à terme les négociations. Cette femme politique malgache croit à l’émergence d’une conscience politique chez les jeunes qui pourra rivaliser avec le pouvoir. Interviewée par Afrik.com, Elia Ravelomanantsoa revient sur la situation politique de Madagascar et notamment, sur les raisons de l’échec de ces négociations.

Afrik.com : La situation a-t-elle empiré depuis l’élection de Marc Ravalomanana en 2006 ?
Elia Ravelomanantsoa :
La situation a empiré pendant les élections de 2006. Pendant ces élections, les candidats ont demandé le changement du code électoral. Entre autres, mettre en place le bulletin unique pour éviter les fraudes. Mais il s’est avéré que les candidats et, moi y compris, avons reçu la liste électorale 24 heures avant le scrutin. A partir de là, les partis d’opposition ont exprimé leur désaccord avec le process électoral en ne proposant plus de candidats. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, qui fait partie de la société civile et du secteur privé, a pu être élu en tant que candidat indépendant. Ça a empiré aussi car les opposants et les personnes de la société civile, qui pouvaient exprimer quelques opinions, n’avaient pas le droit de cité ni à la télévision nationale ni à la radio nationale.

Afrik.com : Que pensez-vous d’Andry Rajoelina, l’opposant malgache ?
Elia Ravelomanantsoa :
J’ai travaillé avec lui, à la mairie d’Antananarivo, dans le cadre d’un triumvirat. On a travaillé beaucoup dans l’esprit d’aider un jeune maire qui avait du mal à subir les assauts politiques pendant les neuf premiers mois. Et beaucoup aussi pour trouver d’autres voies puisque la mairie d’Antananarivo était déclassée en termes de catégorie budgétaire, de rang protocolaire… L’idée d’Andry Rajoelina de vouloir aider la capitale était fort louable. Dans cette logique, nous avons développé la télévision VIVA qui était un moyen pour la mairie de faire adhérer la population à ses plans de développement. Quand cette chaîne a été fermée, je me suis mise du côté de la démocratie afin de donner à la population le moyen de s’exprimer. La liberté d’expression doit être respectée. Je n’ai pas désapprouvé au départ les actions d’Andry Rajoelina en revanche pour ce qui est du mouvement, je pense que même lui ne s’attendait à être suivi par autant de personnes. Il s’est laissé déborder ! Emporté par ce mouvement, il a durci l’affrontement à tort ou à raison. Effectivement, ce mouvement n’a pas été organisé, structuré, c’est cela qui a été ressenti.

Afrik.com : Il n’avait pas ces prétentions quand il est arrivé à la mairie d’Antananarivo…
Elia Ravelomanantsoa :
Absolument pas. Il n’avait pas de prétentions nationales. Il s’est vu devenir du jour au lendemain le symbole d’une frustration sur plusieurs plans. Que ce soit sur le volet social par rapport à la pauvreté accrue, à la baisse du pouvoir d’achat, à la visibilité de l’écart entre les couches nanties et les défavorisés avec un monopole entier sur des pans de l’économie.

Afrik.com : Marc Ravalomanana a tiré sur la foule en février dernier. N’a-t-il pas signé son arrêt de mort politique ?
Elia Ravelomanantsoa :
Dans tous les cas, un point de non-retour. Le peuple malgache est un peuple pacifique. C’est un peuple de consensus. S’il manifeste c’est pour dialoguer, pour discuter. Il attend en retour des formes d’expression, pas forcément une répression. Même si cette répression se fait de plus en plus dure et de plus en plus organisée par l’armée ou par mercenaires interposés, le peuple peut se ranger mais ne légitimera plus dans son âme et dans son cœur la présence de ce pouvoir.

Afrik.com : Cette répression armée ne favorise pas Marc Ravalomanana pour les prochaines élections prévues en 2011…
Elia Ravelomanantsoa :
Pour l’instant, je pense qu’il agit au jour le jour. Pressé par deux priorités : être honoré par l’effectivité du sommet de l’Union africaine prévu en juillet prochain et par le sommet de la francophonie en 2010 qui doivent se dérouler à Antananarivo. Il ne voit pas les choses en terme électoral. Il y a aussi le fait qu’il a des intérêts économiques très importants sur le territoire et cela aussi en tant que chef d’entreprise.

Afrik.com : On a vu la population piller les magasins « Tiko » appartenant à Marc Ravalomanana lors des émeutes en marge des rassemblements organisés par Andry Rajoelina… Cette mainmise n’était-elle pas à l’origine de ces pillages.
Elia Ravelomanantsoa :
Sûrement mais ce serait trop manichéen de restreindre cette frustration à l’expression économique. Je pense aussi qu’il y a, au-delà de l’aspect purement matériel des choses, une volonté de se positionner contre cette oppression permanente. Nous sommes en face d’un peuple qui compte 60 % de jeunes, qui vit à l’heure des nouvelles technologies et qui admet de moins en moins toutes formes d’oppression sans dialogue.

Afrik.com : Pensez-vous à une émergence d’une conscience politique chez les jeunes ?
Elia Ravelomanantsoa :
Une conscience politique s’est éveillée. Et ce que je fais s’inscrit dans cette logique. Je me suis mise un peu en recul du mouvement. Je pense qu’il faut une phase de réflexion en temps de crise. Préconiser une concertation nationale à tous les niveaux en terme de genre par exemple. Le fait d’être une femme politique et de surcroît transgénérationnelle me permet de fédérer certaines idées et construire, par cette concertation nationale, par des forums, une réconciliation des Malgaches avec eux-mêmes. Il faut que les jeunes prennent part à la vie politique. Et construire un parti, une structure politique, qui puisse être une structure de gouvernance avec un projet de société, des visions partagées. Il faut vraiment réfléchir à l’alternance, car je pense que c’est le gros problème du mouvement d’Andry Rajoelina. Il est arrivé tellement vite que personne a eu le temps de le structurer avec une projection possible et c’est ça qui fait que nous sommes dans cette situation.

Afrik.com : Le mouvement est en train de s’essouffler. Pensez-vous qu’il va disparaître ?
Elia Ravelomanantsoa :
A mon avis, il ne retombera plus jamais. Quoiqu’il arrive, ce mouvement restera latent. La plupart des partis politiques se sont construits autour de Marc Ravalomanana. Le président n’a fait que frustrer l’opinion. On parle souvent de crise cyclique à Madagascar. Vous savez nous avons eu des crises qui ont duré 9 mois. Quand on pense qu’un mouvement s’essouffle à Madagascar, il reprend toujours. Le mouvement peut s’arrêter seulement si les négociations aboutissent à quelque chose. Par exemple, le 7 février nous le démontre clairement. On pensait que c’était terminé et puis la foule s’est rassemblée le samedi.

Afrik.com : Que peut faire Madagascar pour sortir du marasme économique ?
Elia Ravelomanantsoa :
Le pays doit démultiplier le microcrédit. Les jeunes sont en train de prendre conscience des limites des grandes entreprises. Ces jeunes cherchent à devenir des patrons. Il faudrait impérativement démultiplier « le micropatronat » et les formations de métiers. D’un point de vue social, les jeunes mères doivent être accompagnées. Il y a beaucoup de monoparentalité à Madagascar. Le pays souffre d’un manque de structures sociales adaptées. Avant, il y a avait des lois communautaires, maintenant les mères doivent se débrouiller vraiment toutes seules.

Afrik.com : A votre avis, pourquoi les négociations ont-elles échoué ?
Elia Ravelomanantsoa :
On le doit beaucoup au manque de volonté d’abord d’un des partis ou de chacun des partis à vouloir réellement négocier. Les torts sont partagés. Maintenant, il faut voir sur le terrain comment les choses évoluent. Quand le président dit qu’il veut négocier et que, par ailleurs, il fait des répressions armées, des menaces ou des arrestations… cela exacerbe et donne une autre dimension au conflit et fait échouer automatiquement les négociations. D’autre part, il est difficile de faire négocier deux structures qui ne sont pas équivalentes. Je veux dire par là que, d’un côté on a un appareil d’Etat et que, de l’autre, on a la cristallisation de plusieurs mouvements qui ne sont pas forcément homogènes. C’est peut-être la deuxième raison de l’échec des négociations. La troisième raison, c’est l’absence de projets derrière cette négociation. Il ne s’agit pas seulement de mettre deux personnes autour de la table et qu’ils se mettent d’accord. Et puis se mettre d’accord sur quoi ? Je pense que tout cela vient d’un manque de communication et du fait que la population se trouve encore et toujours exclue de ces négociations.

Afrik.com : Vous pensez que le rôle des Nations unies n’a pas été probant dans ces pourparlers…
Elia Ravelomanantsoa :
Pour l’instant, ça n’a pas été probant. Il faudrait peut-être que les Nations unies aillent plus profondément, au lieu de ramener des schémas de Mauritanie ou d’ailleurs. Il faut aller plus profondément dans les causes et les maux de cette crise parce que ce n’est pas seulement un conflit entre deux égos …

Afrik.com : Serez-vous candidate aux Présidentielles de 2011 ?
Elia Ravelomanantsoa :
Je suis déjà candidate à fédérer, à construire ce parti [dont elle exprimait précédemment les contours]. Ce que j’espère, c’est qu’il y ait des primaires dans ce parti. Il faut arrêter de focaliser un parti sur une personne. Il faut que de vraies structures survivent aux personnes. Même si je ne suis pas à la tête de ce parti, j’aiderai à le construire.


dossier
Le président malgache, Marc Ravalomanana, et le jeune maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, ont engagé un bras de fer en janvier 2009. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours des manifestations qui ont émaillé le mouvement de contestation engagé par le maire de la capitale.


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