30 octobre 2014 / Mis à jour à 18:57 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux

Madagascar - Conflit - Politique
Rien ne va plus entre le président de Madagascar et le maire d’Antananarivo
L’un des partisans d’Andry Rajoelina a été tué par balles. Le bras de fer se durcit entre le président malgache, Marc Ravalomanana, et le maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina. Un manifestant partisan de ce dernier a été tué, lundi, lors d’affrontements devant la télévision privée du chef de l’Etat malgache. Ce drame fait suite à une série d’actes de vandalisme, commis à la suite de rassemblements organisés par le maire d’Antananarivo.

La tension monte entre le président malgache et le maire d’Antananarivo. Un manifestant partisan d’Andry Rajoelina a été tué par balles, lundi, lors de heurts devant la télévision privée du président malgache, Marc Ravalomanana a déclaré, à l’AFP, Andriamahazo Nirhy-Lanto, le premier adjoint au maire. « De notre côté, nous avons une victime par balles au niveau de la tête (qui est survenue) pendant l’assaut au siège de la télévision privée MBS » du président Marc Ravalomanana, a déclaré le responsable, précisant que la victime était « un jeune homme ». « La station était gardée par des mercenaires ; ils étaient féroces et ils ont tiré sur la foule », a-t-il affirmé.

Plus tôt dans la journée, des partisans d’Andry Rajoelina avaient saccagé et incendié les locaux de la radio nationale malgache (RNM), après l’appel à la grève générale, émis par le principal opposant au régime de Marc Ravalomanana. Ces incidents auraient coûté la vie à deux personnes, selon une source jointe par Afrik.com. « Les manifestants auraient également vandalisé plusieurs magasins alimentaires Magro appartenant au président malgache, en signe de protestation », a indiqué cette même source.

Les revendications d’Andry Rajoelina

Cette montée de violences fait suite à une allocution du maire d’Antananarivo, surnommé « TGV » comme Train à grande vitesse, en raison de son caractère fonceur, qui avait affirmé, lundi, perché sur un camion face à la foule : « le pouvoir appartient au peuple, il peut se l’accaparer ; à chaque heure qui passe, le pouvoir prouve la dictature ». « Partout dans la monde, aucune force militaire n’a réussi à vaincre la force de la population ; c’est pour ça que nous allons continuer même s’ils font venir des mercenaires étrangers (…) pour éliminer le maire ». Pour la journaliste Lova Rabary-Rakotondravony, du quotidien l’Express de Madagascar, « ce mouvement de contestation prendrait de plus en plus d’ampleur ». « Il faut que le président malgache entame au plus vite des négociations avec le maire d’Antananarivo car la situation peut dégénérer », explique-t-elle.

Samedi, Andry Rajoelina, avait demandé la démission du gouvernement et évoqué une possible transition démocratique. « S’il y a une revendication pour une transition je suis prêt à en assumer les responsabilités si la population me le demande », avait-il lancé à la foule venue le soutenir. Si les Malgaches sont nombreux à suivre le maire d’Antananarivo, les rassemblements n’ont, pour l’instant, pas pris d’envergure nationale. Et ce, malgré que de nombreuses formations de l’opposition comme le parti social démocrate pour l’union de Madagascar (PSDUM) aient apporté leur soutien à Andry Rajoelina, selon Lova Rabary-Rakotondravony. Si le maire d’Antananarivo bénéficie d’une telle popularité, c’est sans doute parce qu’il connait les difficultés de la population. Ainsi, il a demandé de vendre l’avion présidentiel pour pouvoir acheter des vivres. Une mesure appréciée par les Malgaches, dont 70 % vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Le bras de fer

Au vue de ces débordements, Marc Ravolomanana a préféré écourter son séjour en Afrique du Sud où il devait prendre part, lundi, à un sommet sur le Zimbabwe. En réponse au rassemblement organisé par Andry Rajoelina, le président malgache a été accueilli, à son arrivée à l’aéroport d’Ivato, par plusieurs milliers de personnes et par la majorité de ses ministres. Marc Ravolomanana n’a pas l’intention de se soumettre. Il souhaite montrer à son adversaire qu’il bénéficie encore du soutien populaire. Sitôt sur le sol malgache, le chef d’Etat, dans un communiqué publié dimanche soir, a essayé de discréditer le maire d’Antananarivo qualifiant son rassemblement d’ « appel à la révolte et la désobéissance civile » synonyme de « coup d’Etat » qui « foule au pieds les valeurs de la constitution et les institutions de la République ». Des propos virulents qui reflètent l’état des relations entre Andry Rajoelina et Marc Ravolomanana.

Depuis sa victoire aux municipales de décembre 2007 face au candidat présidentiel, Hery Rafalimanana, le maire entretient des rapports difficiles avec le président malgache. Mais, la situation a empiré après la fermeture, le 13 décembre 2008, de sa télévision privée. « Après la diffusion d’une allocution de l’ancien chef de l’Etat, Didier Ratsiraka, qui critiquait le pouvoir en place, M. Ravolomanana a décidé de fermer la chaîne », indique, Lova Rabary-Rakotondravony.

La crise politique de 2002

En 2002, Didier Ratsiraka avait été devancé aux élections par Marc Ravolomanana par 51% contre 44%. Après une victoire contestée, le pays avait plongé dans une crise politique. Après cette crise de plusieurs mois, le camp de Marc Ravalomanana avait pris cependant le dessus et Didier Ratsiraka avait été exhorté à quitter le pays le 5 juillet 2002. Madagascar serait-elle en train de revivre cette crise politique ? De l’avis d’un intellectuel malgache joint par Afrik.com, cette crise représenterait des similitudes. « C’est une crise post-électorale comme celle de 2002 mais le contexte est différent, les intérêts ne sont pas les mêmes », explique-t-il.

En décembre dernier, personne n’aurait pensé que le mouvement du jeune maire inexpérimenté allait faire parler de lui. Pourtant, lundi, les déclarations d’Andry Rajoelina commençaient à inquiéter sérieusement le gouvernement…


dossier
Le président malgache, Marc Ravalomanana, et le jeune maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, ont engagé un bras de fer en janvier 2009. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours des manifestations qui ont émaillé le mouvement de contestation engagé par le maire de la capitale.


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