Présenté en juin dernier par Fadela Amara, Secrétaire d’Etat à la ville et par le Président français, Nicolas Sarkozy, le Plan Espoir Banlieue a été accueilli par le Conseil Economique et Sociale (CES) de façon assez mitigée. Dans une conférence de presse ayant eu lieu aujourd’hui, Fodé Sylla membre de la Commission Travail du CES, propose différents points d’attaques pour pallier les carences du projet Amara-Sarkozy.
Ancien président de SOS-Racisme et député européen (1999-2004), M. Sylla est maintenant chargé de mission pour le développement économique et social (en Afrique) du groupe nucléaire AREVA, et conseiller au CES.
Dans ce rapport, il tente de se pencher sur la question de l’emploi de « jeunes Français qui ont des parents étrangers », de jeunes de banlieues, car, explique-t-il : « Depuis les émeutes de 2005, le Conseil Economique et Sociale se devait de se pencher sur la question. »
Favoriser la « mobilité » des jeunes
Premier axe de ce rapport, la question de la « mobilité » des jeunes qui s’avère être, en quelque sorte, le slogan phare du projet. La Commission constate que les problèmes d’infrastructure au niveau des transports en banlieue sont évidents. En effet, « Villiers-le-Bel est à quinze minutes de Roissy à vol d’oiseau. Mais en transport, cela peut prendre une heure et demie ». Pour cela, M. Sylla suggère de faciliter l’accès au permis de conduire aux jeunes. Comme ce dernier le souligne en introduction : « Avant, on a lutté pour améliorer leur condition dans leur milieu. Aujourd’hui, on a senti la volonté de leur part de sortir des quartiers. »
Un rôle « d’intégration » pour les entreprises françaises
« Le règne du Mal Blanc est fini dans les entreprises ! ». C’est, d’après l’expression d’une de ses amies chef d’entreprise qu’il aime à reprendre, une réalité intangible. Selon Fodé Sylla : « Il y a du bien être global dans une entreprise qui vit à l’image de la société. » Pour cela, « on a intérêt à afficher cette diversité » face à la concurrence des entreprises anglaises.
Pour ce faire, M. Sylla propose qu’une exonération de charges fiscales soit établie pour « les entreprises qui emploient des jeunes ». Cette proposition se baserait sur le même principe que les Zones franches urbaines déjà en place. Ceci participerait, d’après lui, à « insuffler du dynamisme » au sein des entreprises françaises.
L’idée d’un « test d’habilité » pour le recrutement
Pour ce qui est des discriminations au niveau de l’embauche, la commission propose la mise en place d’un « test d’habilité », ainsi que le suggère les résultats positifs réalisés par l’ANPE et l’entreprise Casino. Elle propose notamment que soient inscrites dans la loi les discriminations liées au domicile. Le lieu de résidence n’apparaît pas dans la loi comme un critère de discrimination, contrairement aux origines.
En outre, la commission propose qu’une entreprise qui poursuit une politique discriminatoire au sein de son personnel soit « écartée du marché public ».
Des points qui restent encore dans l’ombre...
Pour ce qui est de la question des stages, le « fougueux » Fodé Sylla, comme il aime à se définir, constate : « Si on en arrive à proposer un stage à un jeune dans les marchés de kébab, c’est qu’il y a vraiment un problème dans le royaume de France. »
En réaction, celui-ci demande que l’Education Nationale aide le postulant dans la quête d’un stage.
Mais il entrevoit là uniquement le cas d’une personne se trouvant encore dans le cursus scolaire ou universitaire relevant de l’Education Nationale. Tout jeune diplômé ayant terminé ses études n’est souvent plus inscrit dans aucun établissement. Il se retrouve donc seul face à cette recherche.
Il est bien connu qu’avant toute obtention d’un poste, les stages (voir la succession d’un certain nombre de stages) s’avèrent être un incontournable pour tout jeune aspirant à un emploi, qu’il soit « des quartiers populaires » ou pas. Et, force est de constater que postuler à un stage n’échappe pas non plus aux formes de discriminations décriées dans le rapport.
Mais ce sujet n’est que survolé par le rapport.
« Un manque de coordination »
Après six mois d’enquête sur le terrain, la commission de travail du CES s’est rendue compte d’un « manque de coordination terrible » au niveau de l’aide à l’emploi des jeunes. A Villiers-le-Bel, la commission dénombre plus de neuf acteurs sociaux travaillant sur la question. D’après l’un des membres de la commission, « c’est la première fois qu’il n’y a pas de Secrétaire d’Etat à la Jeunesse ». Ce qui expliquerait vraisemblablement cette dispersion notable. M. Sylla cible du doigt, d’autre part, les missions locales qui « n’ont pas une image très sexy » d’après lui vis-à-vis des jeunes. M. Larose, président du CES, ne manque pas d’en rajouter une couche : « Si les missions locales travaillaient mieux avec l’ANPE… »
Une discrimination « positive » ?
Selon M. Sylla, les propositions du CES ne s’inscrivent pas dans une politique de discrimination positive. Lorsqu’une journaliste lui pose la question, celui-ci rétorque qu’il s’agit plutôt d’une « action positive » voir d’un « coup de pouce républicain ». M. Sylla, longuement préparé sur la question, se justifie en faisant allusion à la démarche même de Nicolas Sarkozy. Lors de la formation de son gouvernement, ce dernier s’était attaché à établir une parité homme-femme.
Un énième rapport ?
M. Fodé Sylla précise que, contrairement au Plan Espoir Banlieue, cet « avis direct », et non « rapport », nécessite peu de moyens financiers. D’où, une mise en place plus facile.
L’étude du CES sur « l’emploi des jeunes dans les quartiers populaires » sera présenté à l’Assemblée Nationale ce mercredi.