Angola-RDC : Sam Mangwana, toujours star de la rumba congolaise


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Dix-huit ans après sa première édition, l’album à succès « Galo Negro (Le coq noir » de Sam Mangwana, star de la rumba congolaise, est réédité (Grounded Music), pour le plus grand bonheur !

L’album original, enregistré en France et sorti en 1998, avait connu un destin digne d’un conte de fées : quelques jours après sa sortie, un coup de fil des Etats-Unis, du très sélectif label de musiques du monde Putumayo, le réclamait aussitôt dans son catalogue. Ce qui valut à Sam Mangwana une tournée aux USA, divers prix et distinctions et un record de ventes puisque le disque se vendit à 50 000 exemplaires !

Mais la rumba congolaise, comme les chansons cubaines dont elle s’inspire, ne vieillit pas, et elle fait désormais partie du patrimoine « classique » de la chanson africaine. La preuve s’entend à l’oreille : le bonheur d’écoute est intact, pour ces musiques qui se jouaient déjà dans les années 60, et l’admiration entière pour une vedette, Sam Mangwana, âgée aujourd’hui de 71 ans, qui connut son heure de gloire dans les années 70. C’est comme de réécouter les Beatles ou B.B. King : qui songerait à dire que c’est « démodé » ? La bonne musique ne se démode pas : elle devient éternelle…

Mais le mieux est d’écouter, et de découvrir, si vous ne connaissez pas :

L’album respire le bonheur de vivre et de danser qui caractérisent (doit-on parler au passé ?) Kinshasa, capitale de la musique pour le continent africain au XXe siècle, comme Vienne l’était au XIXe siècle pour la musique classique européenne. Le premier titre, « Galo Negro » est chanté en portugais – parce que Sam Mangwana est né à Kinshasa dans une famille angolaise : les parents ont fui leur pays natal qui est alors encore une colonie portugaise, et où la population est enrôlée à 14 ans pour travailler dans les champs – l’Angola ne sera indépendant qu’en 1975. Les autres titres sont chantés en lingala ou en kikongo, langues parlées en RDC, un peu aussi en français ou en anglais – et beaucoup en espagnol !

Car la rumba congolaise, c’est le « retour au berceau natal » des rythmes cubains, très en vogue dans les années 60 (rappelez-vous le succès mondial de « Guantanamera »), et que diffuse alors les radios sur le continent. Les rythmes cubains et la langue espagnole vont se répandre dans tout le continent africain, et tout particulièrement à Kinshasa, qui devient alors le centre de ce que l’on appellera la « rumba congolaise ». Mais dans d’autres pays aussi, on chante alors en espagnol sur des rythmes venus de Cuba, comme à Dakar le célèbre « Orchestra Baobab » d’alors…

« Dame tu amor/Dame corazon/Donne-moi ton amour/O Chiquita Chiquita » : dans « Galo Negro’, on le voit, l’influence hispanique est bien là, jusque dans les paroles – car la chanson d’amour n’est pas une spécialité africaine mais un produit d’importation. Ces paroles ne doivent cependant pas faire oublier que la majorité des chansons de l’artiste angolo-congolais, populaire sur tout le continent, abordent le plus souvent, comme le font de nombreux artistes en Afrique, des thèmes de société. Et le livret qui accompagne le disque explique clairement les thèmes des différentes chansons : ainsi dans « Manjani », « l’Africain regarde, impuissant, les drames dont sont victimes les peuples des Grands Lacs » ; dans « Ghetto », « Vivre à l’étranger n’est pas toujours évident. Rejetés, certains vivent en marge de la société. Seul l’amour des leurs au pays leur redonne la force pour tenir le coup » ; etc.

Et ces paroles à leur tour ne doivent pas faire oublier que la principale fonction de ces chansons… est de faire danser ! A noter : pour cette réédition, six titres ont été ajoutés aux onze chansons de l’album original. Un « bonus-track » en quelque sorte, cerise sur le gâteau ! Un album excellent de bout en bout, qui sera nécessaire à tous les amoureux de musique africaine, ou d’excellente musique tout court. Vivement votre prochaine tournée Monsieur Mangwana !

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