2 août 2014 / Mis à jour à 04:15 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Cameroun - Crime et banditisme - Trafic - Drogue
Alerte environnement ! Faut-il détruire les champs de cannabis ?
Depuis le « génocide » des éléphants, au nom d’une soi-disant supériorité de la race des braconniers sur les gardes champêtres, on avait cru à une prise de conscience environnementale des autorités camerounaises… C’était sans compter avec leur imperturbable léthargie.

Qu’ils soient en liberté dans leur habitat naturel ou en captivité, dans des zoos et des centres d’écotourisme, les animaux sont au Cameroun des êtres tourmentés qui n’ont pas de 13ème mois, ni de congés payés, la vraie galère !

Mais les espèces en voie de disparition sont aussi préoccupantes que les espèces végétales qu’on empêche de croître. Des plants de chanvre indiens ont ainsi été injustement brûlés dans le Bamboutos, département de l’Ouest du Cameroun.

Cultiver c’est travailler, Fumer n’est pas tuer

La culture, ce n’est pas fait pour les chiens ! Il n’y a pas une bonne et une mauvaise agriculture, la France produit officiellement 50 mille tonnes par an de cette herbe. En brûlant cinq (5) malheureux hectares de chanvre indien à Mbouda, on aurait dû, tout en les protégeant des flammes, on aurait dû enfermer les autorités camerounaises dans ces champs. Elles en auraient eu les idées plus larges. Faut-il avoir l’esprit obtus, soit pour brûler une plante aussi précieuse, soit pour n’y voir que ses propriétés psychotropes, quand sont à ce point recherchés les bénéfices de ses multiples usages ?! Est-ce parce qu’ils ne savent que la brûler qu’ils n’en perçoivent que les effets hallucinogènes ?

Après une vie de débauche ou après avoir été abîmée par des grossesses répétitives, certaines Camerounaises, qui n’ont généralement pas les moyens de recourir à la chirurgie de leurs parties, se servent du chanvre indien pour le raffermissement de leur... Pas besoin de dessin, une rime suffit ! N’ayant pas toutes les moyens de s’offrir des mèches (en fait de mèches, il s’agit de véritables perruques) brésiliennes ou indiennes, elles s’en servent également pour l’entretien de leur chevelure. Que voulez-vous ? Les shampooings sophistiqués de Schwarzkopf ou Elsève ne sont pas à la portée de toutes les bourses.

L’usage (la consommation) et le trafic sont interdits, mais nulle part il n’est interdit aux Camerounais de s’adonner à des activités de jardinage. Il y a des régions du monde où la vente et la consommation sont permises mais la culture à grande échelle non. Il y a un chainon manquant dans leur logique libertaire que le Cameroun pourrait combler en produisant de manière industrielle du cannabis, mais en règlementant strictement sa vente et en limitant ses usages. « Dans le port d’Amsterdam », il y aurait toujours des marins, mais aussi des containers d’herbes vert-rouge-jaune. Du reste les pays occidentaux ne s’en servent pas seulement de manière récréative, il y a des usages médicaux et thérapeutiques qu’ils ne méconnaissent pas, comme semble le faire le droit de la drogue au Cameroun.

L’abus de chanvre indien est dangereux

Le chanvre indien est une plante d’avenir et les Bamilékés sont des visionnaires, ils ne s’y sont pas trompés. La société française est chaque jour de plus en plus permissive, on fait certes des misères incroyables aux fumeurs de cigarettes, mais au même temps les voix les plus autorisées défendent la légalisation ou du moins la dépénalisation de certains des usages du cannabis. A chacun ses paradoxes !

En sus du cacao, du café et des bananes, on pourrait optimiser les APE (Accords de Partenariat Economique) en envisageant de concurrencer le Maroc ou l’Afghanistan sur ce marché. On parle business, emplois, débouchés, économie verte : les chiens de garde d’on ne sait quelle morale rétrograde peuvent aller se rhabiller.

Pourquoi le gouverneur empêche-t-il les cultivateurs de Mbouda de cultiver ? Il ne s’agit pas de contrefaçon de chanvre indien, dans ce sens que les contrefaçons en matière commerciale (containers chinois) et artistique (piraterie) connaissent régulièrement le châtiment du feu. Ce que l’on détruit dans ce cas, c’est moins le chanvre indien que le chanvre de Mbouda, les connaisseurs conviennent que la qualité de ce chanvre-là mériterait à elle seule une appellation d’origine contrôlée, un destin similaire au poivre de Penja. Cela rappelle la fable de La Fontaine où, pour avoir brouté de l’ « herbe tendre », l’âne est accusé par les animaux d’être responsable de la peste qui les décime … Cinq hectares d’herbe verte, ça doit faire 20 tonnes de pailles de chanvre ! Quel gâchis, j’en perds le sommeil ! A-t-on pensé à incendier les villas qui ont été construites par les détourneurs de fonds publics ? Pas plus que le lion de la fable n’avait été jugé coupable d’avoir souvent mangé des bergers.

Il y a comme un manque de cohérence et de coordination dans l’action des dirigeants camerounais. Ils seraient peut-être moins affligeants s’ils consommaient de temps à autre cette herbe de Mbouda. De même, les relations franco-camerounaises souffrent-elles d’un effet générationnel. Les dirigeants français d’aujourd’hui sont des enfants d’après mai 68, or les octogénaires qui nous gouvernent ne peuvent pas les cerner comme il faut.

Si, à Kinshasa, Paul Biya avait partagé du shit, de l’herbe de Mbouda, avec son homologue français, il n’en serait pas à faire la queue pour être reçu à l’Elysée. Mbouda ridiculisée, Mbouda martyrisée, Mbouda carbonisée, Mbouda aurait juste dû être labélisée. Et ses aires de cultivar protégées.


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